Découvrir le Canyon de Chelly

Voilà longtemps que j’en rêvais. La semaine dernière, j’ai fait un voyage de groupe séminaire aux Etats-Unis où j’ai enfin pu voir de mes yeux le Grand Canyon. Pourtant, si le site est assez fascinant à découvrir, je lui ai en fait préféré un canyon bien moins connu, bien moins touristique et donc bien plus authentique : le canyon de Chelly. Si vous visitez un jour l’Arizona et souhaitez profiter des étendues sauvages sans la cohue des touristes, je vous recommande vivement d’opter pour celui-ci. Car ce canyon forme un paysage époustouflant de 340 km2, dans le nord-est de l’Arizona. Il fait partie de la réserve navajo, la plus grande réserve indienne d’Amérique du Nord, et abrite des merveilles géologiques dont d’imposantes falaises de grès et d’immenses monolithes. Mais le site, déjà fabuleux, vaut aussi pour ses trésors archéologiques. Déclaré monument national, le site est en effet constitué de trois impressionnants canyons: le canyon de Chelly, le canyon del Muerto et Monument Canyon, qui abritent tous un grand nombre de ruines indiennes. Les Anasazi, ancêtres des Indiens Pueblo, s’y sont installés au IVe siècle environ, et l’on a découvert à ce jour plus de 100 sites de villages anasazi datant de différentes époques. C’est peut-être la variété des bâtiments que les Anasazi construisaient, des simples habitations d’une pièce jusqu’aux demeures à plusieurs étages, qui constitue l’aspect le plus frappant de cette immense découverte archéologique. La Maison blanche, à deux étages (ainsi baptisée parce qu’un long mur à l’étage supérieur était recouvert de plâtre blanc) est particulièrement intéressante. On pense qu’elle comprenait à l’origine jusqu’à 80 pièces dont quatre kivas (lieux de cérémonie). La grotte de la Momie dans le canyon del Muerto est un autre site extraordinaire à explorer : deux momies y ont été découvertes dans une tour de trois étages. Elles étaient bien préservées grâce au climat désertique, climat qui explique aussi la conservation de nombreuses ruines fragiles. Les Anasazi ont quitté les lieux vers le XIIIe siècle, soit 300 ans avant que les Navajo ne s’y installent pour cultiver le fond du canyon (c’est toujours le cas aujourd’hui). Le canyon de Chelly est un site à la beauté remarquable, un paysage spectaculaire modelé par la nature: formations rocheuses changeantes, rivières rugissantes (aujourd’hui à sec) et vents brûlants, mais c’est aussi un patrimoine culturel unique. Si vous visitez un jour le Grand Canyon, pensez donc à faire celui de Chelly, qui est à mon sens plus authentique. Je vous mets le lien vers l’agence qui nous a proposé cette visite, lors de notre voyage de groupe séminaire – suivez le lien. Elle a su proposer des activités qui sentaient un peu des sentiers battus (et surtout des sentiers trop touristiques) ! Et ça, c’est plutôt rare.

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Expo Schopenhauer

Schopenhauer a joui d’un autre grand avantage du fait qu’il n’était pas destiné et qu’il n’a pas été élevé dès le début en vue de la carrière de savant. De fait, il travailla pendant un certain temps, bien qu’avec répugnance, dans un comptoir commercial et il put en tous les cas respirer, durant toute sa jeunesse, la libre atmosphère d’une grande maison de commerce. Un savant ne peut jamais se transformer en philosophe. Kant lui-même n’en fut point capable et resta jusqu’à sa fin, malgré la poussée naturelle de son génie, en quelque sorte à l’état de chrysalide. Celui qui pourrait croire que par cette affirmation je fais injure à Kant ne sait pas ce que c’est qu’un philosophe. Un philosophe est à la fois un grand penseur et un homme véritable, et quand a-t-on jamais pu faire d’un savant un homme véritable? Celui qui permet aux notions, aux opinions, aux choses du passé, aux livres de se placer entre lui et les objets, celui qui, au sens le plus large, est né pour l’histoire, ne verra jamais les objets pour la première fois et ne sera jamais lui-même un tel objet vu pour la première fois. Mais ces deux conditions sont inséparables chez le philosophe, parce qu’il doit tirer de lui-même la plupart des enseignements et parce qu’il doit s’utiliser lui-même comme l’image et l’abrégé du monde entier. Si quelqu’un s’analyse au moyen d’opinions étrangères, quoi d’étonnant s’il n’observe sur lui rien autre chose que précisément des opinions étrangères. Et c’est ainsi que sont, vivent et regardent les savants. Schopenhauer, par contre, a eu le bonheur indescriptible non seulement de voir en lui-même de près le génie, mais encore de le voir en dehors de lui, dans Gœthe. Par la vision de ce double reflet il s’est trouvé profondément renseigné et rendu sage au sujet de toutes les fins et de toutes les cultures savantes. Par le moyen de cette expérience il savait comment l’homme libre et fort doit être fait, l’homme libre et fort auquel aspire toute culture artistique. Pouvait-il, après ce regard, garder l’envie de s’occuper de ce que l’on appelle «l’art», à la manière savante et hypocrite de l’homme moderne? N’avait-il pas vu quelque chose de plus sublime encore? Une scène terrible et supra-terrestre du tribunal, où toute vie, même la vie supérieure et complète, avait été pesée et trouvée trop légère; il avait vu le Saint comme juge de l’existence. On ne saurait déterminer à quel moment le précoce Schopenhauer a dû contempler cette image de la vie, qu’il tenta de retracer plus tard dans tous ses écrits. On peut démontrer que l’adolescent, je suis presque tenté de dire l’enfant, avait déjà eu cette vision formidable. Tout ce qu’il emprunta plus tard à la vie, aux livres, à toutes les branches de la science n’a été pour lui, presque toujours, que couleur et moyen d’expression. La philosophie kantienne elle-même a été mise à contribution par lui avant tout comme un extraordinaire instrument rhétorique, au moyen duquel il croyait exprimer avec plus de précision cette image, de même qu’il s’est servi à l’occasion, pour remplir le même but, des mythologies bouddhistes et chrétiennes. Pour lui, il n’y avait qu’une seule tâche et cent mille moyens de la remplir; une seule signification et d’innombrables hiéroglyphes pour l’exprimer. Ce fut une des conditions magnifiques de son existence qu’il put véritablement vivre pour une seule tâche, conformément à sa devise vitam impendere vero et qu’aucune nécessité vulgaire de la vie ne lui imposa sa contrainte. On sait de quelle façon grandiose il en remercia son père. En Allemagne, tout au contraire, l’homme théorique réalise le plus souvent sa destinée scientifique en sacrifiant la pureté de son caractère, tel un «gredin plein d’égards», avide de places et d’honneurs, prudent et souple, flattant les hommes influents et les supérieurs hiérarchiques. Schopenhauer n’a malheureusement offensé d’innombrables savants par rien de plus qu’en ne leur ressemblant pas.

La Catalogne a t’elle gagné son indépendance ?

Victoire en demi-teinte pour certains, lourde défaite pour d’autres. La presse était divisée lundi entre Barcelone et Madrid quant au résultat des indépendantistes aux élections catalanes, mais pas sur les difficiles défis posés par ce résultat. De son côté, la principale coalition indépendantiste en Catalogne estime qu’elle est en mesure de lancer le processus qui doit mener la région du nord-est de l’Espagne vers l’indépendance en 2017, a confirmé sa tête de liste lundi lors d’une conférence de presse. «Le message (des électeurs) est clair. Nous avons la majorité qui légitime totalement le fait d’initier le processus», a dit Raúl Romeva lors d’une conférence de presse à Barcelone, au lendemain des régionales qui donnent 72 sièges aux deux listes indépendantistes, soit la majorité absolue au Parlement, mais qui montrent que leur camp n’a obtenu que 47,8% des suffrages. «Le Oui s’impose», affirme en une le journal conservateur catalan La Vanguardia, au-dessus d’une grande photo des leaders de la coalition séparatiste du président catalan sortant Artur Mas, Junts pel Sí (Ensemble pour le oui, JXS). «La majorité des Catalans dit non à l’indépendance», répond à Madrid le journal El Mundo, également conservateur, soulignant que bien qu’ils aient obtenu une majorité absolue de sièges au Parlement régional, JXS et l’autre liste indépendantiste, la CUP (gauche radicale), n’ont obtenu que 47,8 % des voix. Pour le journal catalan de gauche El Periódico, c’est une «victoire», quoiqu’«amère», alors que le journal de centre gauche El País, le plus vendu au niveau national, considère que «les indépendantistes gagnent les élections et perdent leur plébiscite». «La Catalogne ne veut pas partir», interprète pour sa part le très conservateur ABC, à Madrid. Tous étaient en revanche d’accord sur une chose: qu’un pacte entre JXS et la CUP va être difficile à sceller, et que pour sortir de l’impasse, le gouvernement conservateur espagnol de Mariano Rajoy va devoir réagir. «Mas et (son allié de JXS Oriol) Junqueras veulent-ils proclamer l’indépendance avec un parti d’extrême gauche (CUP) qui remet en cause la propriété privée des moyens de production?», se demande El Mundo. «Pas besoin d’être devin pour supposer que la base de Convergència (le parti d’Artur Mas) doit être effrayée par la possibilité de cette alliance», ajoute le journal de droite. La CUP «a répété jusqu’à satiété qu’elle ne soutiendrait pas Artur Mas comme président», souligne La Vanguardia, rappelant que cette formation anticapitaliste veut proclamer l’indépendance immédiatement, et non au bout d’un processus de 18 mois que soutient JXS. Malgré tout, avec ce résultat, «les Catalans ont rappelé à Rajoy qu’on ne pouvait pas continuer ainsi», selon El Periódico. «Raison de plus pour qu’à partir d’aujourd’hui, le premier ministre comprenne que le problème catalan ne se règlera pas avec le temps», ajoute le quotidien. Madrid «doit réagir dans l’urgence et ouvrir une voie pour le dialogue», écrit El País. Ou «surveiller les avancées du nationalisme pour faire respecter l’État de droit sans atermoiements», selon ABC.