Un parfum fait maison

Avant-hier, j’ai réalisé une drôle d’expérience : j’ai créé mon propre parfum lors d’un atelier à Paris. Cette curieuse activité m’avait été offerte par une amie qui travaille dans le monde de la parfumerie et sur le moment, l’expérience ne me tentait pas plus que ça : j’y suis allé en traînant des pieds. Mais en fin de compte, je ne regrette rien. Parce qu’une fois sur place, on a un peu l’impression d’être un savant fou et on s’emploie vraiment à créer le parfum idéal. On en vient même à regarder avec inquiétude les minutes passer et on stresse à l’idée de ne pas avoir assez de temps pour trouver le bon mélange ! En pénétrant dans l’atelier, on a l’impression d’être dans un petit labo scientifique. Chaque personne est installée devant un meuble à trois niveaux où sont disposés 120 flacons d’essences diverses. L’équipement de chaque participant est en outre enrichi avec deux béchers, des mouillettes, des seringues et du papier pour noter la formule. Voilà pour le matériel. Concrètement, on compose le parfum en utilisant l’ordre de la pyramide olfactive. On commence par la note de fond, la plus puissante, et qui est la base du parfum : elle est produite avec des essences tenaces (bois, résine, musc… ) et elle livre le sillage du parfum. On élabore ensuite la note de cœur, véritable identité de la fragrance : elle dure de 2 à 10 h. Et on conclut avec la note de tête, celle que l’on sent immédiatement dans le parfum, mais qui est la plus volatile (elle disparaît 2 heures après l’application). Même si on peut choisir la direction dans laquelle on veut aller avec son oeuvre, on est secondé tout au long de l’atelier par le maître-parfumeur, qui nous indique si les fragrances que l’on sélectionne conduisent bien à ce qu’on imagine. Le plus dur, en réalité, c’est de ne pas trop rationaliser. Il faut faire confiance à son instinct, à son nez. Il faut mettre son esprit sur off, sous peine de rapidement se retrouver désorienté dans ce labyrinthe de fragrances. Au terme de cet atelier de parfum à Paris, on se retrouve avec son propre parfum, une fragrance qu’on ne croisera jamais ailleurs. Et ça, c’est vraiment intéressant. D’autant qu’on peut ensuite en recommander en utilisant la formule dont on est le seul détenteur !

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Les soldats syriens qui combattent à Alep

« Je regarde leurs photos, et cela me fait du bien. J’aurais préféré combattre non loin de mes proches », a-t-il dit. Pendant que les soldats racontent leurs histoires, des explosions de bombes et des cliquetis des armes se font entendre, mais les militaires n’y font pas attention. Ils disent que cela ne leur fait pas peur. Par contre, ce qui les effraie effectivement, c’est quand un civil passe du côté des terroristes et leur apprend tout ce qu’il a vu. Un guet-apens peut alors arriver !Tandis que Sputnik s’entretient avec un soldat, une dépêche radio rapporte le signalement d’un homme à retenir. Selon une information, les terroristes essaient de traverser la ligne de front, en se faisant passer pour des civils. Selon Abu Mahmud, chaque jour, les terroristes cherchent à se mêler à la population civile pour s’infiltrer dans les zones sous contrôle de l’armée. Aussi, tous les jours, les soldats risquent-ils de rencontrer leur mort. Sur la ligne de front, une telle rencontre est plus que probable. Abu Abdulla de Homs a raconté son histoire. Les terroristes ont tué son fils de dix-sept ans parce que son père était un « traître » qui n’avait pas rallié les rangs des djihadistes. « J’aime mon pays et je ne veux pas que les destructions se poursuivent. Je veux libérer ma patrie des terroristes, je souhaite une vie pacifique normale et que tous regagnent leurs foyers », a-t-il expliqué avec un triste sourire. Le volontaire Khalid a raconté à Sputnik qu’il venait de la province de Raqqa. Dès qu’il a réussi à s’échapper des terroristes de l’État islamique (Daech), il s’est engagé dans l’armée syrienne. © AFP 2016 KARAM AL-MASRI «L’opération à Alep est le résultat d’un blocage total du dialogue politique» « Ma famille habite dans la zone sous contrôle de Daech. Dès que j’en suis sorti, j’ai rejoint l’armée syrienne. Les terroristes nous menacent de décapitation et d’autres exactions, mais notre volonté est ferme. La victoire sera à nous », a conclu l’interlocuteur de Sputnik.

Développer l’entreprise

La mise en oeuvre d’une croissance intelligente, durable et inclusive et la résolution des défis économiques et sociaux au sein des pays de l’Union européenne (UE) passent nécessairement par l’adoption de politiques visant à promouvoir la création d’entreprises prospères dans toutes les couches de la société. En permettant aux citoyens de créer leur propre emploi et celui d’autres personnes, l’entrepreneuriat est capable de répondre aux enjeux posés par des taux de chômage élevés et une faible participation au marché du travail qui caractérisent généralement certaines franges de la société. Cet esprit s’avère indispensable à l’émergence d’une économie fondée davantage sur l’entrepreneuriat, au sein de laquelle évoluent de nouvelles sociétés qui proposent des solutions innovantes aux défis sociaux, économiques et environnementaux. Cependant, de nombreuses personnes sont confrontées à des obstacles à l’entrepreneuriat, tels que l’accès aux financements et le manque de compétences appropriées et de réseaux professionnels. Ces entraves se révèlent souvent plus importantes pour les personnes issues de groupes défavorisés et sous-représentés dans le domaine de l’entrepreneuriat, puisqu’elles rencontrent généralement des obstacles supplémentaires liés aux attitudes, aux motivations et aux systèmes de protection sociale qui créent des discriminations en matière d’entrepreneuriat. Tant les politiques liées au développement des entreprises que les politiques actives du marché du travail ont un rôle à jouer pour contribuer à la résolution de ces problèmes. Des mesures appropriées peuvent être mises en place aux niveaux national, régional et local, à destination de groupes spécifiques tels que les jeunes, les femmes, les seniors, les chômeurs, les immigrés, les minorités ethniques et les personnes handicapées. Ce recueil identifie les types d’approches politiques qui permettent de pallier ces difficultés et décrit les principaux facteurs qui participent au succès de leur mise en oeuvre. Source: Séminaire Entreprise.

L’entreprise providence

Depuis plus de deux décennies, l’État-Providence, quasiment failli, prodigue ses généreuses prestations à crédit. Vivant largement au-dessus de ses moyens, il ne peut plus les financer, sinon par cette dette à la charge des générations futures qui enfle, enfle… Curieuse conception de la solidarité entre générations. À rebours. La belle mécanique d’assurance mutuelle entre les citoyens est plus que grippée, elle menace d’imploser. En effet, les trois piliers du modèle social français – indemnisation du chômage, assurance maladie, pensions de retraite – sont en déficit structurels – et le financement de ces dépenses non maîtrisées qui partent à la dérive ne survit qu’à coup d’emprunts et de structure de defaisance. Dix?milliards de dette pour les régimes de retraite en 2019, 26?milliards pour l’Unedic cette année et 16 pour l’assurance maladie. Plus grave, si l’on extrapole leurs évolutions respectives pour les années à venir, on s’aperçoit qu’elles ne seront non seulement plus financées mais plus finançables, bref insoutenables, sauf révision déchirante de leurs mécanismes fondamentaux. Pour une simple raison?: toutes ces prestations sont financées par le travail, plus particulièrement par les entreprises, dont on verra plus loin les singulières remises en cause qui devraient en rétrécir le périmètre. Sous perfusion massive, le modèle social français, qui se caractérise par un montant record – la dépense sociale publique représente le tiers du PIB – est donc en voie d’implosion. La France, comparée aux pays de l’OCDE, a connu depuis 1980 une progression de ses dépenses sociales bien plus importante que la moyenne de la zone. De 2009 à 2013, elles progressent en France de 2,9 points de PIB, alors qu’elles baissent de 5,8 points en Allemagne, pays où le vieillissement de la population est plus important. Comme le note Jean-Marc Daniel dans un brillant numéro de Sociétal 2015 consacré à l’État Providence?: “La France a sacrifié sa souveraineté à un modèle social insoutenable, en privilégiant les prélèvements sur les économies et le court terme sur le long terme. Le manque de transparence des gouvernements qui se sont succédé, cherchant davantage à se reproduire qu’à réduire les rentes, les privilèges et les régimes spéciaux, sera jugé sévèrement par l’Histoire”. Faute d’en avoir changé le paradigme par une transformation radicale et courageuse, puisqu’elle touche à des dogmes et des verrous idéologiques les plus cadenassés. Voilà pourquoi, années après années, le triste et modeste cortège des réformettes conjoncturelles a poussé ses timides propositions quasi indolores. Bricolage, rafistolage et ravaudage aboutissant parfois, pour de nobles objectifs d’économie, à des hérésies, comme la suppression des bourses au mérite. En 1996, Alain Juppé crée une structure à durée de vie limitée à 13 ans pour alléger et amortir près de 50?milliards de créance de la Sécurité sociale. La Caisse d’amortissement de la dette sociale aurait dû disparaître en 2010. Sa capacité d’endettement a été portée à 240?milliards avec un délai repoussé à 2025. De droite, puis de gauche, la politique est toujours la même, “autruchienne”?: plutôt se mettre la tête dans le sable que de voir avec lucidité la vérité en face, et surtout d’affronter de salvatrices remises en cause. Exemple parmi tant d’autres, la réforme des retraites de François Fillon de 2010 est calée sur des certitudes démographiques de temps long prévoyant précisément la détérioration du rapport retraités/actifs, et conduisant à repousser quasi mécaniquement le départ de la vie active à 65 ans. Il sera décidé de le fixer à 62 ans. Le scénario d’une réforme respecte d’ailleurs toujours le même rituel, si symptomatique de l’intelligence française. Le politique commande à un brillant esprit un rapport. Un non moins brillant diagnostic assorti de courageuses solutions est livré peu après. L’exorcisme a joué et le train-train peut continuer, les propositions seront sinon enterrées, du moins tellement édulcorées. Tout le monde sait bien qu’il faudrait fusionner les 38 régimes et caisses de retraites, porter l’âge de la retraite à 65 ans, faire réaliser certains actes médicaux aux infirmières, généraliser une logique assurantielle pour les petits risques médicaux, flécher de façon autrement plus efficace les 34?milliards dépensés par les entreprises en formation continue. Les gisements d’économies sont considérables, comme sans doute les réserves d’efficience et d’optimisation des organisations illustrées par les formules des “social impacts Bonds” confiant au privé, sur objectifs, des missions d’intérêt général. Les perspectives de chantiers pour optimiser et réduire les dépenses, comme la e-santé, ne manquent pas, mais c’est plutôt au niveau des ressources que la révolution s’impose. Pour s’adapter à celle, copernicienne, du travail, plus particulièrement de l’entreprise, puisqu’elle détient le quasi-monopole du financement de la protection sociale. Un fardeau qui en fait la championne européenne toute catégorie des charges sociales (51?% pour les patronales, 25?% pour les salariales). Or si les besoins de financement iront croissant pour des raisons ultra-connues – vieillissement de la population, chômage structurel croissant, etc. – l’assiette du travail, elle, a tendance à rétrécir. La durée de vie active raccourcit (durée des études, chômage massif, départ en retraite de plus en plus tôt), tandis que le temps de l’inactivité, selon la logique des vases communicants, s’allonge. La première rapporte des ressources, la seconde en coûte. Vu de Sirius, l’effet de ciseau est une évidence macroéconomique imparable. Surtout si l’on a le mauvais esprit d’y ajouter des considérations microéconomiques sur ces entreprises qui préfèrent les lointains horizons. Ces start-up préférant valoriser ailleurs leurs prometteurs talents ou, à l’autre bout de la chaîne, ces si fameux fleurons de l’économie, les 40 groupes du CAC qui n’ont plus de français que leur siège social, parfois leur patron?; car leurs clients, salariés et actionnaires sont désormais à dominante largement internationale. “Les grandes entreprises ont moins besoin de la France que la France n’a besoin d’elles. Si rien ne change vraiment, elles risquent d’ajuster peu à peu a` la baisse leur présence en France” prévient dans Societal 2015, Xavier Huillard, président du groupe Vinci. S’y ajoute non pas la disparition du salariat, mais du moins son effritement, avec l’émergence de multiples formes de travailleurs indépendants et autres free-lance. Selon France Stratégie, ils pourraient représenter le quart de l’emploi à court terme (un tiers aux États-Unis). Tandis que les nouveaux modèles d’organisation du type “entreprise-marguerite” – un noyau dur et restreint de compétences travaillant avec de multiples réseaux de fournisseurs, consultants, sous-traitant et experts, des implantations mondialisées et volatiles au gré des conditions économiques – mettent en échec les schémas classiques de vache à lait contributive. Et ce ne sont pas les taux de marge en berne qui vont améliorer la situation, tandis que les besoins de solidarité vont sérieusement enfler pour financer les adaptations à cette mutation. Comme le souligne Francis Lorentz, expert en nouvelles technologies?: “L’accélération des transformations technologiques et économiques est créatrice d’instabilité. Les individus aussi bien que les entreprises voient leurs compétences, leurs rôles et leurs positions constamment remis en cause. Cette exigence d’adaptation permanente ne peut qu’alimenter les attentes en matière de solidarité. Or les mécanismes de financement de cette solidarité, fondée sur l’organisation traditionnelle du travail et son coût, apparaissent de moins en moins pertinents.” Cette mécanique à bout de souffle doit donc être remplacée. Théoriquement, on pourrait imaginer que ceux qui bénéficient de la garantie d’un emploi à vie témoignent de leur solidarité avec ceux qui en sont loin, en cotisant à l’indemnisation du chômage. Dans la pratique, leur niveau de revenu dissuade de l’envisager. Les traitements du million d’enseignants ne sont pas à la hauteur pour supporter cet effort. Mais du côté des retraités, l’alignement des retraites en fait réfléchir plus d’un. Pour financer l’intérêt général, l’entreprise providence toute seule bute en effet sur une limite?: auparavant, elle doit créer de la richesse. Bref, le fardeau des solidarités est devenu bien trop pesant pour elle. Il est sans doute possible de l’alléger en séparant beaucoup mieux ce qui relève d’un socle de solidarités essentielles dans le domaine de la retraite, de la maladie voire de l’indemnisation du chômage, d’un domaine volontariste autant qu’assurantiel. La prise en charge des premières sur une assiette beaucoup plus large que le travail – les revenus et la consommation – relève autant de la justice sociale que de la logique économique.

La mécanique journalistique

Au printemps 2002, je présentais le journal de la mi-journée sur France Inter, qui durait alors une heure?; on l’appelait “le 13-14”. La France s’apprêtait à voter pour le premier tour de l’élection présidentielle. Quatre semaines avant le scrutin, un homme, Richard Durn, fait feu sur des élus en plein conseil municipal à Nanterre. Dans le journal, ce 26?mars, je fais comme tout le monde?: j’en fais des tonnes. L’affaire semble, il est vrai, saisissante. En réalité, Richard Durn, on l’apprendra rapidement, n’est rien d’autre qu’un déséquilibré qui a basculé dans la violence avant de se suicider. Rien de bien édifiant ou révélateur dans cette histoire, et pourtant nous l’érigeons alors en fait de société. “Rien de bien édifiant ou révélateur dans cette histoire, et pourtant nous l’érigeons alors en fait de société” Trois jours avant le scrutin, le 18?avril, un retraité apparemment sans histoires, Paul Voise, est agressé par deux hommes qui le rouent de coups et lui tuméfient le visage. L’affaire fait la Une de tous les journaux. Y compris de l’édition dont j’ai la charge, le 13-14. Narration du fait divers, témoignage de la victime, policiers invités à s’exprimer sur la sécurité, débat politique, comparatif avec les pays voisins, etc. Là encore, nous en faisons des tonnes. Pourtant, il s’agit d’une agression somme toute banale et sans envergure. Et deux ans plus tard, l’enquête s’achèvera par un non-lieu, à l’issue d’expertises mettant sérieusement en doute la véracité du récit de la victime. Le 21?avril 2002, Jean-Marie Le Pen se qualifie pour le second tour de la présidentielle. Le premier grand cap de l’ascension du Front national, le début de la fin du tabou. J’ai longtemps tourné dans ma tête ce que nous avons collectivement fait dans les médias, moi y compris, pendant ces mois de mars et d’avril 2002. Nous avons tous entretenu le sentiment collectif de l’insécurité, sur la base de faits divers non représentatifs. Notre responsabilité, la mienne y compris, est évidente dans le succès de Jean-Marie Le Pen. Cela m’a valu plusieurs nuits sans sommeil. Mais curieusement, cela n’a guère troublé la majorité des journalistes. Cette incapacité à l’autocritique m’a saisi. Les journalistes aiment poser les questions, beaucoup moins se remettre en question. À quelques exceptions près, la presse a semblé incapable de s’interroger sur sa responsabilité, peu désireuse d’essayer de comprendre par quel mécanisme, par quel engrenage nous avions fini par ne plus parler, tous ensemble, que de l’insécurité présumée. C’est cela aussi pour moi le 21?avril 2002?: une cicatrice professionnelle, un tournant même. Pendant les semaines qui ont suivi, je me suis dit que je ne pourrai plus pratiquer mon métier comme avant. Notre responsabilité est trop grande?; on ne peut pas juste informer sans réfléchir. Informer sans jamais s’arrêter, pris dans la course à la vitesse qui détruit notre métier. Informer sans jamais s’interroger sur notre tendance collective à tous faire la même chose dans un élan irrationnel de mimétisme, comme si l’on cherchait une justification à nos choix dans les choix du voisin. L’été qui a suivi, je suis parti à Londres comme correspondant pour Radio France. Il n’y a pas de hasard. Quatre années à Londres, pour une prise de distance salutaire, la découverte d’une autre façon de travailler. Le temps aussi de réaliser à quel point la France s’est progressivement, depuis vingt ans, refermée sur elle-même. Paradoxalement, j’ai fini, à mon retour d’expatriation, par me retrouver directeur de rédaction à France Culture, puis aujourd’hui à France Inter. Paradoxe, car comment parvenir à être à la fois acteur et spectateur de son métier?? Comment traiter l’actualité, avec les exigences et les difficultés de l’immédiateté, et en même temps parvenir à conserver une distance critique suffisante pour ne pas reproduire les erreurs du printemps 2002?? Comment, dans une fonction de direction, se tenir suffisamment loin du pouvoir qui rend fou?? Comment éviter d’entrer dans un microcosme fait de dîners en ville dont la futilité vous fait perdre de vue l’essentiel?? Ma position est une bizarrerie. Je ne suis sans doute pas fait pour être directeur de rédaction, mais je le suis quand même. Alors j’essaie de me préserver en me livrant à ce petit exercice hebdomadaire de déconstruction des “mécaniques médiatiques”, chaque vendredi matin sur France Inter. C’est ma boussole professionnelle à moi. “Comment éviter d’entrer dans un microcosme fait de dîners en ville dont la futilité vous fait perdre de vue l’essentiel??” Je sais que certains de mes confrères y voient une fâcheuse tendance à donner des leçons de journalisme. Ce n’est pourtant pas le cas. Qui suis-je pour donner des leçons?? Non, il s’agit simplement d’une façon, pour moi, de me préserver. D’essayer de comprendre ce à quoi moi-même trop souvent je participe. Je suis bien placé pour mesurer combien “l’art d’informer” est difficile. Je me trompe régulièrement, comme tout le monde. Mais doit-on pour autant laisser le monopole de la critique à ceux qui n’exercent pas le métier?? Au fil des semaines, j’ai compris que ces chroniques du vendredi matin sur France Inter forment donc une esquisse de paysage journalistique, avec un certain nombre de phénomènes récurrents. Certains sont anciens, d’autres récents, tous expliquent pourquoi certains sujets font la Une alors que d’autres ne font pas une brève. Le premier, celui qui continue, treize ans après les événements de 2002 de me saisir le plus fréquemment, c’est le “tourne en rond” ou l’effet perroquet?: la tendance des principaux médias à tous parler de la même chose. Ce grégarisme journalistique, accentué par le diktat de la vitesse, se retrouve dans quasiment tous les sujets qui font la Une. La chaîne de causalité relève parfois du jeu de l’œuf et de la poule, même si la responsabilité des chaînes télévisées d’information continue ne cesse de croître.

La Chine s’éveille

En marge d’une réunion du comité central du PCC, le président chinois a récemment déclaré, devant les membres de la Fédération du commerce et de l’industrie, qu’il convenait de redéfinir les relations entre l’État et les entreprises, en visant deux objectifs?: proximité et propreté. La « propreté », c’est assez clair?: il s’agit d’une nouvelle offensive dans la lutte contre la corruption. Cette corruption, tous les entrepreneurs occidentaux qui ont développé une activité en Chine en ont fait l’expérience. Le pouvoir chinois ne la nie pas?; il la dénonce en condamnant les “relations douteuses et secrètes entre pouvoir et argent”. Dirigeants politiques et dirigeants d’entreprise se mettent à l’écart pour “arranger les choses officielles en privé”. Ce genre de relations perturbe évidemment la concurrence et finit donc par être nuisible aux entreprises. Elle est surtout contraire à l’intérêt public. Car si le corrompu fait bénéficier le corrupteur de son pouvoir, le corrupteur est en position d’exercer sur lui des pressions qui ne sont pas toujours conformes à la volonté de l’autorité publique. Dans cette perspective, depuis deux ans déjà, on interdit aux cadres du Parti communiste de participer à la gestion d’une entreprise privée. À ce titre, 63?000 cadres ont été mis à pied. Et le parquet suprême est appelé à sévir contre les “crimes de violation des droits et intérêts légitimes des entreprises non publiques”. Cela étant, personne ne peut aujourd’hui garantir l’efficacité de cette offensive contre la corruption. Du moins, mieux vaut-il qu’elle soit lancée. La « proximité », cela signifie, pour les cadres dirigeants publics, “des contacts et des échanges directs et sincères avec les entreprises privées, plus d’attention, plus de dialogue, plus de conseils avec l’économie de propriété non publique”. Ce que prônant, on a l’ambition de réformer de vieilles habitudes. Les entreprises privées ne peuvent qu’approuver. Il leur faudra sans doute du temps pour en percevoir les effets. Mais voici peut-être plus important pour les entreprises privées?: le bureau politique a tout aussi récemment proclamé que “renforcer la qualité et l’efficacité de la croissance formerait la priorité de la période allant de 2016 à 2020”. Le gouvernement devra “continuer d’appliquer des politiques budgétaires proactives, tout en intensifiant les réformes structurelles de l’offre pour propulser la croissance”. Dans cet effort pour soutenir la croissance, les entreprises privées devraient trouver plus de réconfort encore que dans la « proximité et la propreté ».

Découvrir le Canyon de Chelly

Voilà longtemps que j’en rêvais. La semaine dernière, j’ai fait un voyage de groupe séminaire aux Etats-Unis où j’ai enfin pu voir de mes yeux le Grand Canyon. Pourtant, si le site est assez fascinant à découvrir, je lui ai en fait préféré un canyon bien moins connu, bien moins touristique et donc bien plus authentique : le canyon de Chelly. Si vous visitez un jour l’Arizona et souhaitez profiter des étendues sauvages sans la cohue des touristes, je vous recommande vivement d’opter pour celui-ci. Car ce canyon forme un paysage époustouflant de 340 km2, dans le nord-est de l’Arizona. Il fait partie de la réserve navajo, la plus grande réserve indienne d’Amérique du Nord, et abrite des merveilles géologiques dont d’imposantes falaises de grès et d’immenses monolithes. Mais le site, déjà fabuleux, vaut aussi pour ses trésors archéologiques. Déclaré monument national, le site est en effet constitué de trois impressionnants canyons: le canyon de Chelly, le canyon del Muerto et Monument Canyon, qui abritent tous un grand nombre de ruines indiennes. Les Anasazi, ancêtres des Indiens Pueblo, s’y sont installés au IVe siècle environ, et l’on a découvert à ce jour plus de 100 sites de villages anasazi datant de différentes époques. C’est peut-être la variété des bâtiments que les Anasazi construisaient, des simples habitations d’une pièce jusqu’aux demeures à plusieurs étages, qui constitue l’aspect le plus frappant de cette immense découverte archéologique. La Maison blanche, à deux étages (ainsi baptisée parce qu’un long mur à l’étage supérieur était recouvert de plâtre blanc) est particulièrement intéressante. On pense qu’elle comprenait à l’origine jusqu’à 80 pièces dont quatre kivas (lieux de cérémonie). La grotte de la Momie dans le canyon del Muerto est un autre site extraordinaire à explorer : deux momies y ont été découvertes dans une tour de trois étages. Elles étaient bien préservées grâce au climat désertique, climat qui explique aussi la conservation de nombreuses ruines fragiles. Les Anasazi ont quitté les lieux vers le XIIIe siècle, soit 300 ans avant que les Navajo ne s’y installent pour cultiver le fond du canyon (c’est toujours le cas aujourd’hui). Le canyon de Chelly est un site à la beauté remarquable, un paysage spectaculaire modelé par la nature: formations rocheuses changeantes, rivières rugissantes (aujourd’hui à sec) et vents brûlants, mais c’est aussi un patrimoine culturel unique. Si vous visitez un jour le Grand Canyon, pensez donc à faire celui de Chelly, qui est à mon sens plus authentique. Je vous mets le lien vers l’agence qui nous a proposé cette visite, lors de notre voyage de groupe séminaire – suivez le lien. Elle a su proposer des activités qui sentaient un peu des sentiers battus (et surtout des sentiers trop touristiques) ! Et ça, c’est plutôt rare.

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Expo Schopenhauer

Schopenhauer a joui d’un autre grand avantage du fait qu’il n’était pas destiné et qu’il n’a pas été élevé dès le début en vue de la carrière de savant. De fait, il travailla pendant un certain temps, bien qu’avec répugnance, dans un comptoir commercial et il put en tous les cas respirer, durant toute sa jeunesse, la libre atmosphère d’une grande maison de commerce. Un savant ne peut jamais se transformer en philosophe. Kant lui-même n’en fut point capable et resta jusqu’à sa fin, malgré la poussée naturelle de son génie, en quelque sorte à l’état de chrysalide. Celui qui pourrait croire que par cette affirmation je fais injure à Kant ne sait pas ce que c’est qu’un philosophe. Un philosophe est à la fois un grand penseur et un homme véritable, et quand a-t-on jamais pu faire d’un savant un homme véritable? Celui qui permet aux notions, aux opinions, aux choses du passé, aux livres de se placer entre lui et les objets, celui qui, au sens le plus large, est né pour l’histoire, ne verra jamais les objets pour la première fois et ne sera jamais lui-même un tel objet vu pour la première fois. Mais ces deux conditions sont inséparables chez le philosophe, parce qu’il doit tirer de lui-même la plupart des enseignements et parce qu’il doit s’utiliser lui-même comme l’image et l’abrégé du monde entier. Si quelqu’un s’analyse au moyen d’opinions étrangères, quoi d’étonnant s’il n’observe sur lui rien autre chose que précisément des opinions étrangères. Et c’est ainsi que sont, vivent et regardent les savants. Schopenhauer, par contre, a eu le bonheur indescriptible non seulement de voir en lui-même de près le génie, mais encore de le voir en dehors de lui, dans Gœthe. Par la vision de ce double reflet il s’est trouvé profondément renseigné et rendu sage au sujet de toutes les fins et de toutes les cultures savantes. Par le moyen de cette expérience il savait comment l’homme libre et fort doit être fait, l’homme libre et fort auquel aspire toute culture artistique. Pouvait-il, après ce regard, garder l’envie de s’occuper de ce que l’on appelle «l’art», à la manière savante et hypocrite de l’homme moderne? N’avait-il pas vu quelque chose de plus sublime encore? Une scène terrible et supra-terrestre du tribunal, où toute vie, même la vie supérieure et complète, avait été pesée et trouvée trop légère; il avait vu le Saint comme juge de l’existence. On ne saurait déterminer à quel moment le précoce Schopenhauer a dû contempler cette image de la vie, qu’il tenta de retracer plus tard dans tous ses écrits. On peut démontrer que l’adolescent, je suis presque tenté de dire l’enfant, avait déjà eu cette vision formidable. Tout ce qu’il emprunta plus tard à la vie, aux livres, à toutes les branches de la science n’a été pour lui, presque toujours, que couleur et moyen d’expression. La philosophie kantienne elle-même a été mise à contribution par lui avant tout comme un extraordinaire instrument rhétorique, au moyen duquel il croyait exprimer avec plus de précision cette image, de même qu’il s’est servi à l’occasion, pour remplir le même but, des mythologies bouddhistes et chrétiennes. Pour lui, il n’y avait qu’une seule tâche et cent mille moyens de la remplir; une seule signification et d’innombrables hiéroglyphes pour l’exprimer. Ce fut une des conditions magnifiques de son existence qu’il put véritablement vivre pour une seule tâche, conformément à sa devise vitam impendere vero et qu’aucune nécessité vulgaire de la vie ne lui imposa sa contrainte. On sait de quelle façon grandiose il en remercia son père. En Allemagne, tout au contraire, l’homme théorique réalise le plus souvent sa destinée scientifique en sacrifiant la pureté de son caractère, tel un «gredin plein d’égards», avide de places et d’honneurs, prudent et souple, flattant les hommes influents et les supérieurs hiérarchiques. Schopenhauer n’a malheureusement offensé d’innombrables savants par rien de plus qu’en ne leur ressemblant pas.

La Catalogne a t’elle gagné son indépendance ?

Victoire en demi-teinte pour certains, lourde défaite pour d’autres. La presse était divisée lundi entre Barcelone et Madrid quant au résultat des indépendantistes aux élections catalanes, mais pas sur les difficiles défis posés par ce résultat. De son côté, la principale coalition indépendantiste en Catalogne estime qu’elle est en mesure de lancer le processus qui doit mener la région du nord-est de l’Espagne vers l’indépendance en 2017, a confirmé sa tête de liste lundi lors d’une conférence de presse. «Le message (des électeurs) est clair. Nous avons la majorité qui légitime totalement le fait d’initier le processus», a dit Raúl Romeva lors d’une conférence de presse à Barcelone, au lendemain des régionales qui donnent 72 sièges aux deux listes indépendantistes, soit la majorité absolue au Parlement, mais qui montrent que leur camp n’a obtenu que 47,8% des suffrages. «Le Oui s’impose», affirme en une le journal conservateur catalan La Vanguardia, au-dessus d’une grande photo des leaders de la coalition séparatiste du président catalan sortant Artur Mas, Junts pel Sí (Ensemble pour le oui, JXS). «La majorité des Catalans dit non à l’indépendance», répond à Madrid le journal El Mundo, également conservateur, soulignant que bien qu’ils aient obtenu une majorité absolue de sièges au Parlement régional, JXS et l’autre liste indépendantiste, la CUP (gauche radicale), n’ont obtenu que 47,8 % des voix. Pour le journal catalan de gauche El Periódico, c’est une «victoire», quoiqu’«amère», alors que le journal de centre gauche El País, le plus vendu au niveau national, considère que «les indépendantistes gagnent les élections et perdent leur plébiscite». «La Catalogne ne veut pas partir», interprète pour sa part le très conservateur ABC, à Madrid. Tous étaient en revanche d’accord sur une chose: qu’un pacte entre JXS et la CUP va être difficile à sceller, et que pour sortir de l’impasse, le gouvernement conservateur espagnol de Mariano Rajoy va devoir réagir. «Mas et (son allié de JXS Oriol) Junqueras veulent-ils proclamer l’indépendance avec un parti d’extrême gauche (CUP) qui remet en cause la propriété privée des moyens de production?», se demande El Mundo. «Pas besoin d’être devin pour supposer que la base de Convergència (le parti d’Artur Mas) doit être effrayée par la possibilité de cette alliance», ajoute le journal de droite. La CUP «a répété jusqu’à satiété qu’elle ne soutiendrait pas Artur Mas comme président», souligne La Vanguardia, rappelant que cette formation anticapitaliste veut proclamer l’indépendance immédiatement, et non au bout d’un processus de 18 mois que soutient JXS. Malgré tout, avec ce résultat, «les Catalans ont rappelé à Rajoy qu’on ne pouvait pas continuer ainsi», selon El Periódico. «Raison de plus pour qu’à partir d’aujourd’hui, le premier ministre comprenne que le problème catalan ne se règlera pas avec le temps», ajoute le quotidien. Madrid «doit réagir dans l’urgence et ouvrir une voie pour le dialogue», écrit El País. Ou «surveiller les avancées du nationalisme pour faire respecter l’État de droit sans atermoiements», selon ABC.